Dans la dignité

Publié le par httpslam

Extrait du livre : "Entre l'homme et son coeur"

Tu regardes autour de toi les femmes et les hommes, vivre et oublier… les soucis, les fatigues, les blessures… leur vie tout simplement. Les responsabilités sont lourdes, et le travail, et la famille, et les parents, et l’ennui, et la lassitude. Tu as besoin de souffler, tu te sens l’ « envie de vivre », comme on dit, l’envie de te distraire. Envie d’oublier… de te laisser aller.

 

Une musulmane et un musulman peuvent-ils se laisser aller sans avoir à se sentir coupables ? As-tu le droit de te distraire ? de rire ? de simplement sourire… à la beauté, à la vie, à la beauté de la vie ? Tu as tout entendu… et surtout l’interdit. Le discours sur l’idéalité d’être avec Dieu en permanence, ne jamais rire, ne jamais s’oublier. Le sérieux seul fait ta dignité… et ce vague sentiment de culpabilité.

 

Parfois, il t’arrive de te questionner : Le prophète se laissait-il aller ? Plaisantait-il ? Etait-il un être humain au cœur de la vie… partageant un sourire, maniant le sens et les signes de l’humour, se reposant au creuset des joies de son entourage ? Disait-il le beau qui apaise ? Montrait-il le beau qui réjouit ? Enseignait-il le beau qui élève et transporte les yeux, les sens et le cœur ? Comment se fait-il que de tout cela on te dise rien ? Comment se fait-il que l’obsession de la limite, de l’excès, de l’interdit ait insensiblement fait disparaître le bien-être, pour finalement tuer la joie. Comme si pour mieux croire, il fallait être plus triste. Le paramètre de la piété serait donc le sérieux… et une fâcheuse tendance à la mise en scène. Devant les hommes pour mieux le montrer, seul pour oser se trahir.

 

« N’oublie pas ta part de la vie de ce monde […] » Le prophète avait reçu le message et l’avait compris et appliqué. Il savait l’humour et la plaisanterie, il avait le sens de la distraction et de la fête, il aimait le beau et appréciait le verbe, la poésie. Il offrait la joie à son épouse, la bonne compagnie à son entourage et respectait la sensibilité et le goût des peuples… Il connaissait les être humains et avait appris à ses compagnons qu’il valait mieux se laisser aller et se distraire dans la transparence et la dignité que de mettre en scène une piété permanente, totale, infaillible… inhumaine, mensongère, hypocrite. Proche du prophète, le sincère Handhala avait l’impression de voir le paradis et l’enfer ; Loin du Messager, il oubliait et se sentait emporté par la vie. Il eut peur de sa propre hypocrisie et s’en ouvrit au Prophète qui le réconforta. Il n’y avait là aucune marque d’hypocrisie,  uniquement la réalité de son humanité. Une heure pour prier, une heure pour se reposer… une autre heure pour se souvenir à nouveau. L’oubli est le propre de l’homme et la prière est un rappel qui épouse l’exigence de sa condition… de ta condition. Reste la question de l’autre heure : Comment gérer le repos de ton corps, de ton esprit, de ton cœur…

 

La transparence et la dignité. Notre époque et notre société semble tout confondre, comme si pour mieux se distraire, il fallait te déshumaniser, donner vie et énergie à l’instinct animal qui t’habite : tu es invité(e) à perdre ta raison, à oublier les limites, à vivre dans l’interdit et à t’épanouir dans une ivresse supposée atemporelle. Les distractions modernes ressemblent à des fuites, et l’art dit davantage la rupture et le désordre que la sérénité et l’harmonie.

 

Parfois tu te sens emporté par la vague… « pour oublier ». Et pourtant, tu sens bien que tout cela sonne faux. Que quelque chose te manque ou t’est plus pernicieusement volé. Beaucoup trop de bruit, beaucoup trop de folies. Tant de films et de  chansons pour te distraire… te rendent si peu intelligent, si peu digne, si peu humain. Si peu toi-même. Pour oublier, tu t’oublies… Cette liberté est la pire des prisons. C’est peut-être le plus grand défi de ta vie quotidienne dans une société de divertissement et de consommation. Gérer ton temps libre, choisir tes distractions, maîtriser la télévision… faire vivre ta foi, c’est demeurer le compagnon de ta conscience. Quand le monde entier t’appelerait au bien-être dans la négligence, le bruit et l’inhumanité, il faudra te rappeler l’enseignement de toutes les spiritualités… aimer le repos qui apaise, le jeu qui harmonise, la musique qui réconforte et le beau qui élève. Souris à la vie dans la dignité, Dieu se rapprochera de toi dans l’amour. Si tu sais te reposer, le Très-Haut saura te calmer. Entre tes prières et tes méditations, ce sera le signe de ta piété. Prends soin du temps qui passe, prends soin de ton temps libre. Prends soin de toi.

 

 

Publié dans A l'écoute des Autres

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